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(oct 2002-juin 2003)

 

Carlyle au centre d’une bataille…sociale !

La Tribune a publié vendredi dernier un article qui fait le point sur la communication du groupe Carlyle en France : « Le fonds d’investissement Carlyle au centre d’une bataille d’influence ».
L’article constate que « les attaques se multiplient contre le puissant fond ». Le journaliste Pascal Junghans ne fournit aucun exemple de ces « attaques ». Il construit son article autour des conséquences, et oublie simplement de parler de la cause. Il ne fallait pourtant pas la chercher très loin, a-t-il seulement lu notre revue de presse…

L’équipe de Stop Carlyle réagit vivement à la publication de cet article qui se moque du monde. Sous le masque d’une lutte d’influence entre Carlyle et les services de renseignement français, les licenciements nombreux engendrés par Carlyle ne sont même pas abordés.
Le groupe Carlyle, pour faire bonne impression auprès du gouvernement français, est en train de revendre ses participations dans différentes entreprises (Le Moniteur, Genoyer, Matéris…) ; reventes accompagnées, comme d’habitude, par un cortège de licenciements. Un contact dans le groupe Genoyer nous a apporté des précisions sur la situation interne, dont la confirmation qu’une quarantaine d’emploi va être supprimée. Il semble que cela ne soit qu’un début…

Nous ne sommes malheureusement pas surpris par ces licenciements. Carlyle adopte inlassablement la même démarche : prise de contrôle – restructuration qui provoque des licenciements – revente avec de larges bénéfices (1). Les tristes exemples du passé sont légion (groupe Tests, Digiplex…).
Ce qui compte maintenant, c’est le présent et l’avenir. Que va-t-il advenir des salariés de KPI, de Genoyer, d’Otor, du Moniteur, de Matéris… ? Faut-il se contenter d’être passif, et rajouter ces noms à la liste des victimes ? Ce n’est en tout cas pas le choix des employés de ces entreprises qui défendent leur emploi : manifestations chez KPI (voir notre article), procédures judiciaires et constitution de groupes de défense chez Otor (voir notre article)…

Voilà comment nous, nous décrivons la stratégie de Carlyle, avec des exemples concrets, des références et des chiffres. Pour s’en défendre, Carlyle se réfugie derrière la seule issue possible : la communication massive. Refonte du site officiel qui passe d’une dizaine de pages à plusieurs centaines et qui se prétend ainsi plus transparent, multiplication des interventions publiques du groupe en Europe en la personne de Jean-Pierre Millet (managing director), signature d’un contrat avec « l’agence DGM, dirigé (sic) par Michel Calzaroni […] l’un des meilleurs communicants de la place, quelque peu lobbyiste même si DGM rejette le terme », etc…
Son axe de repli : se prétendre victime d’une campagne de déstabilisation orchestrée (2). Carlyle nie toujours corps et âmes que les Bush, Baker, Major, Carlucci et autres ex-personnages politiques dirigeants de Carlyle aient un rôle d’influence pour leur fonds. Pourtant elle se prétend victime des services de renseignement français et de cabinets privés. Pourquoi une telle artillerie si Carlyle était un fonds comme les autres ?

Et Pascal Junghans qui en rajoute en parlant de « l’affaire Otor » : « une guerre d’influence et de l’ombre ». Ben oui, c’est évident ! Un fonds d’investissement américain qui pèse « 16 milliards d’euros » est mis en difficulté, et même pris dans un « piège absurde », par un papetier français ! Nous aurions dû envoyer les papetiers français en délégation à l’ONU pour faire reculer les Etats-Unis avant la guerre en Irak !
Il faut reconnaître qu’au niveau « communication », les termes « cercles para-officiels » ou « guerre d’influence » contre des services étatiques sont plus vendeurs. Evoquer les conflits sociaux, ça ne fait pas rêver. On replonge dans la triste réalité quotidienne de Carlyle. Perspective inadmissible ! La ligne de défense du fond américain se tient donc à crier haut et fort que derrière chaque syndicat, chaque livre, chaque critique, se cache la main invisible de la DST (Direction de la surveillance du territoire) et des RG (Renseignements généraux)…

Pascal Junghans nous fait également découvrir le visage humain de Carlyle qui « ouvre son cœur et ses comptes ». Que c’est beau ! Un fonds d’investissement qui licencie partout où il investit nous « ouvre son cœur », c’est génial ! Passons à la suite qui n’est pas mal non plus.
« Dans certains cercles para-officiels, on sourit en glissant que tant que Carlyle se limitera à des allers-retours dans le capital d’entreprises, il restera persona grata dans l’Hexagone ». Dans certains cercles para-officiels, on s’autorise à penser…c’est une véritable rétrospective des meilleurs sketches de Coluche…
Nous invitons ces « cercles para-officiels » à se faire connaître. Nous serions heureux d’expliquer aux salariés des entreprises visées comment vous laissez Carlyle développer le chômage en toute impunité, avec un accord tacite de surcroît. D’autant que pendant ce temps, l’hospitalité latine des « persona grata » se fait piétiner sans concession par le « bizness » à l’anglo-saxonne : rédaction de pactes d’actionnaires opaques, recours à des tribunaux d’arbitrage qui évitent les justices nationales, utilisation de normes comptables (EBIDTA…) contestables et contestées même aux Etats-Unis… « Dans certains cercles para-officiels, on sourit… » Nous, on voudrait bien sourire aussi!

Pour conclure sur une note plus optimiste, certains continuent à gagner de l’argent. Et oui, c’est l’avantage d’être dans les conseils d’administration, même si l’entreprise est liquidée, l’administrateur n’est pas inquiété. Devise en tête : « Investisseurs à l’honneur, salariés qui meurent ! ». Jean-Pierre Millet déclare à cet égard dans cet article : « nous nous devons de protéger les intérêts de nos investisseurs ». Il d’autant plus vigilant sur ce point puisqu’il « investit dans toutes les opérations que Carlyle réalise dans le monde » (3).
On comprend mieux pourquoi Carlyle n’est pas cotée en Bourse. Si les salariés des entreprises dévastées pouvaient investir leurs économies dans Carlyle, ils n’auraient plus de travail mais d’intéressants retours sur investissement. Plus Carlyle licencierait, et plus les salariés licenciés actionnaires toucheraient d’argent. Seul point noir au tableau, que se passera-t-il quand il n’y aura plus de salariés et que des actionnaires ?

L’équipe de Stop Carlyle

1. « En moyenne, nous faisons régulièrement + 35 % », Jean-Pierre Millet dans Le Nouvel Economiste, n°1225, juillet-août 2003

2. « Carlyle estime être victime de la même entreprise de déstabilisation que celle menée par l’officine Salamandre contre l’actionnaire de Gemplus, Texas Pacific Group. », dans Les confidentiels de Challenges, septembre 2003, n° 207.

3. Dans Le Nouvel Economiste, n°1225, juillet-août 2003.

Source : Le fonds d’investissement Carlyle au centre d’une bataille d’influence, dans La Tribune, Pascal Junghans, 24/10/2003.

 

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