Carlyle
au centre d’une bataille…sociale !
La
Tribune a publié vendredi dernier un article qui
fait le point sur la communication du groupe Carlyle en France :
« Le fonds d’investissement Carlyle au centre d’une
bataille d’influence ».
L’article constate que « les attaques se multiplient
contre le puissant fond ». Le journaliste Pascal Junghans
ne fournit aucun exemple de ces « attaques ».
Il construit son article autour des conséquences, et oublie
simplement de parler de la cause. Il ne fallait pourtant pas la
chercher très loin, a-t-il seulement lu notre revue de presse…
L’équipe
de Stop Carlyle réagit vivement à
la publication de cet article qui se moque du monde. Sous le masque
d’une lutte d’influence entre Carlyle et les services
de renseignement français, les licenciements nombreux engendrés
par Carlyle ne sont même pas abordés.
Le groupe Carlyle, pour faire bonne impression auprès du
gouvernement français, est en train de revendre ses participations
dans différentes entreprises (Le Moniteur,
Genoyer, Matéris…)
; reventes accompagnées, comme d’habitude, par un cortège
de licenciements. Un contact dans le groupe Genoyer nous a apporté
des précisions sur la situation interne, dont la confirmation
qu’une quarantaine d’emploi va être supprimée.
Il semble que cela ne soit qu’un début…
Nous
ne sommes malheureusement pas surpris par ces licenciements. Carlyle
adopte inlassablement la même démarche : prise de contrôle
– restructuration qui provoque des licenciements – revente
avec de larges bénéfices (1). Les tristes exemples
du passé sont légion (groupe Tests,
Digiplex…).
Ce qui compte maintenant, c’est le présent et l’avenir.
Que va-t-il advenir des salariés de KPI,
de Genoyer, d’Otor, du Moniteur,
de Matéris… ? Faut-il se contenter
d’être passif, et rajouter ces noms à la liste
des victimes ? Ce n’est en tout cas pas le choix des employés
de ces entreprises qui défendent leur emploi : manifestations
chez KPI (voir notre article), procédures
judiciaires et constitution de groupes de défense chez Otor
(voir notre article)…
Voilà
comment nous, nous décrivons la stratégie de Carlyle,
avec des exemples concrets, des références et des
chiffres. Pour s’en défendre, Carlyle se réfugie
derrière la seule issue possible : la communication massive.
Refonte du site officiel qui passe d’une dizaine de pages
à plusieurs centaines et qui se prétend ainsi plus
transparent, multiplication des interventions publiques du groupe
en Europe en la personne de Jean-Pierre Millet
(managing director), signature d’un contrat avec « l’agence
DGM, dirigé (sic) par Michel Calzaroni
[…] l’un des meilleurs communicants de la place, quelque
peu lobbyiste même si DGM rejette le terme », etc…
Son axe de repli : se prétendre victime d’une
campagne de déstabilisation orchestrée (2).
Carlyle nie toujours corps et âmes que les Bush, Baker, Major,
Carlucci et autres ex-personnages politiques dirigeants de Carlyle
aient un rôle d’influence pour leur fonds. Pourtant
elle se prétend victime des services de renseignement français
et de cabinets privés. Pourquoi une telle artillerie si Carlyle
était un fonds comme les autres ?
Et
Pascal Junghans qui en rajoute en parlant de « l’affaire
Otor » : « une guerre d’influence et
de l’ombre ». Ben oui, c’est évident
! Un fonds d’investissement américain qui pèse
« 16 milliards d’euros » est mis en difficulté,
et même pris dans un « piège absurde »,
par un papetier français ! Nous aurions dû envoyer
les papetiers français en délégation à
l’ONU pour faire reculer les Etats-Unis avant la guerre en
Irak !
Il faut reconnaître qu’au niveau « communication
», les termes « cercles para-officiels »
ou « guerre d’influence » contre des
services étatiques sont plus vendeurs. Evoquer les conflits
sociaux, ça ne fait pas rêver. On replonge dans la
triste réalité quotidienne de Carlyle. Perspective
inadmissible ! La ligne de défense du fond américain
se tient donc à crier haut et fort que derrière chaque
syndicat, chaque livre, chaque critique, se cache la main invisible
de la DST (Direction de la surveillance du territoire)
et des RG (Renseignements généraux)…
Pascal
Junghans nous fait également découvrir le visage humain
de Carlyle qui « ouvre son cœur et ses comptes
». Que c’est beau ! Un fonds d’investissement
qui licencie partout où il investit nous « ouvre
son cœur », c’est génial ! Passons
à la suite qui n’est pas mal non plus.
« Dans certains cercles para-officiels, on sourit en glissant
que tant que Carlyle se limitera à des allers-retours dans
le capital d’entreprises, il restera persona grata dans l’Hexagone
». Dans certains cercles para-officiels, on s’autorise
à penser…c’est une véritable rétrospective
des meilleurs sketches de Coluche…
Nous invitons ces « cercles para-officiels »
à se faire connaître. Nous serions heureux d’expliquer
aux salariés des entreprises visées comment vous laissez
Carlyle développer le chômage en toute impunité,
avec un accord tacite de surcroît. D’autant que pendant
ce temps, l’hospitalité latine des « persona
grata » se fait piétiner sans concession par le
« bizness » à l’anglo-saxonne : rédaction
de pactes d’actionnaires opaques, recours à des tribunaux
d’arbitrage qui évitent les justices nationales, utilisation
de normes comptables (EBIDTA…) contestables et contestées
même aux Etats-Unis… « Dans certains cercles
para-officiels, on sourit… » Nous, on voudrait
bien sourire aussi!
Pour
conclure sur une note plus optimiste, certains continuent à
gagner de l’argent. Et oui, c’est l’avantage d’être
dans les conseils d’administration, même si l’entreprise
est liquidée, l’administrateur n’est pas inquiété.
Devise en tête : « Investisseurs à l’honneur,
salariés qui meurent ! ». Jean-Pierre Millet déclare
à cet égard dans cet article : « nous nous
devons de protéger les intérêts de nos investisseurs
». Il d’autant plus vigilant sur ce point puisqu’il
« investit dans toutes les opérations que Carlyle
réalise dans le monde » (3).
On comprend mieux pourquoi Carlyle n’est pas cotée
en Bourse. Si les salariés des entreprises dévastées
pouvaient investir leurs économies dans Carlyle, ils n’auraient
plus de travail mais d’intéressants retours sur investissement.
Plus Carlyle licencierait, et plus les salariés licenciés
actionnaires toucheraient d’argent. Seul point noir au tableau,
que se passera-t-il quand il n’y aura plus de salariés
et que des actionnaires ?
L’équipe de Stop Carlyle
1.
« En moyenne, nous faisons régulièrement
+ 35 % », Jean-Pierre Millet dans Le Nouvel Economiste,
n°1225, juillet-août 2003
2.
« Carlyle estime être victime de la même entreprise
de déstabilisation que celle menée par l’officine
Salamandre contre l’actionnaire de Gemplus, Texas Pacific
Group. », dans Les confidentiels de Challenges, septembre
2003, n° 207.
3.
Dans Le Nouvel Economiste, n°1225, juillet-août
2003.
Source
: Le fonds d’investissement Carlyle au centre d’une
bataille d’influence, dans La Tribune,
Pascal Junghans, 24/10/2003.
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