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Les ben Laden, des entrepreneurs aux liens multiples

(Source : www.cyberpresse.ca)

Dans les années 1990, Saudi Binladin Group, l'empire de construction et de distribution ayant à sa tête 12 parents d'Oussama ben Laden, accusé de terrorisme, était un véritable aimant qui attirait des entreprises telles General Electric et le Snapple Beverage Group, de la maison Cadbury Schweppes.
Ces compagnies et d'autres partenaires, tels Multitone Electronics et Motorola, étaient au courant que la famille avait coupé les ponts avec Oussama ben Laden en 1994. L'une des plus importantes entreprises du secteur de la construction en Arabie Saoudite, le groupe avait des liens étroits avec la famille royale saoudienne, procurant une entrée aux Occidentaux désireux de faire des affaires chez le plus important producteur pétrolier au monde.

Depuis les attaques terroristes du 11 septembre que les États-Unis attribuent à Oussama ben Laden et à son réseau Al-Qaeda, seuls quelques liens entre Saudi Binladin et ses partenaires occidentaux ont été rompus. D'autres sont en cours de réévaluation.

Dans un communiqué publié le 28 septembre dernier, Snapple, qui vendait ses thés aromatisés par l'entremise d'un distributeur appartenant en partie à Saudi Binladin, a indiqué qu'elle ne s'associerait pas «avec toute personne ou groupe ayant un lien, le plus ténu soit-il, avec le terrorisme».

Snapple n'avait pas fait fureur en Arabie Saoudite et «nous songions à rompre les liens de toute façon», précise Michael Weinstein, président-directeur général de la compagnie, au cours d'une entrevue.

De son côté, le Carlyle Group, une entreprise établie à Washington et qui compte parmi ses conseillers l'ancien président George H.W. Bush (le père) et l'ancien secrétaire d'État James A. Baker III, a racheté la participation de 2 millions de dollars américains de la famille ben Laden dans l'un de ses fonds d'investissement parce qu'elle suscitait trop de controverse, a indiqué une personne au courant de cet investissement.

Une attitude attentiste

Après la publication d'articles sur des enquêtes portant sur Saudi Binladin, la compagnie britannique de téléavertissement Multitone a décidé de poursuivre ses relations d'affaires avec le groupe saoudien. «Mais nous attendrons les conclusions d'enquêtes officielles et nous agirons en conséquence», assure Sarah Baldry, porte-parole de Multitone.

Multitone vend de l'équipement par l'intermédiaire de Baud Telecommunications, du groupe Saudi Binladin, le plus grand distributeur d'équipement de télécommunications en Arabie Saoudite. La compagnie n'a pas eu de confirmation indépendante précisant que Saudi Binladin était sous enquête, a dit la porte-parole.

D'autres ont adopté une attitude attentiste. «Nous prenons très au sérieux l'interdiction de faire des affaires avec des terroristes, mais le gouvernement américain n'a pas interdit la vente d'équipement de télécommunications à l'Arabie Saoudite ou à Saudi Binladin Group», signale Scott Wyman, porte-parole de Motorola, qui vend des téléphones cellulaires et des réseaux par l'entremise de Baud.

Les États-Unis n'ont pas lié Saudi Binladin Group, ni ses dizaines de compagnies affiliées, ni aucun membre de la famille ben Laden, à Oussama ben Laden ou à d'autres individus soupçonnés de terrorisme.

Par tradition, la famille est réservée et il est difficile pour ses membres de se défendre en public, a dit un porte-parole de la famille, Tim Metz, du cabinet de relations publiques Hullin Metz & Co.

À son siège social de Djeddah, le groupe de construction a refusé d'émettre des commentaires. Yeslam ben Laden, qui dirige Saudi Investment Co., une société établie à Genève et qui sert d'instrument de placement pour la famille, a précisé dans une télécopie qu'il ne souhaitait pas être interviewé.

«Je crois qu'il faut plaindre la famille», estime John Pilley, président de Russell Wood Ltd., maison de courtage londonienne qui appartient entièrement à Saudi Binladin Group. «Ils sont absolument horrifiés par ce qu'a fait leur frère, et ils n'ont pas eu de contacts avec lui depuis sept ans», ajoute-t-il. L'Arabie Saoudite a dépouillé Oussama ben Laden de sa citoyenneté en 1994 en raison de sa promotion du terrorisme.

Origines de la compagnie

Fondée par Mohammed ben Laden, immigrant yéménite, Saudi Binladin Group a construit des routes et des ponts, puis a rénové des mosquées à La Mecque et à Medina avant de prendre de l'expansion dans les secteurs de l'immobilier, du textile, des télécommunications et de la distribution. Le début des années 1990, au moment de la reconstruction de mosquées, «a probablement constitué le sommet» des recettes du groupe, indique le porte-parole, Tim Metz, en faisant allusion à des articles de presse situant ces recettes à 5 milliards de dollars américains.

La compagnie saoudienne était évaluée à au moins un milliard américain en 1968, lorsque Mohammed trouva la mort dans l'écrasement d'un avion, selon le magazine Forbes. Le magazine a estimé qu'environ 50 millions américains de cette fortune ont été confiés à Oussama ben Laden, qui fait partie d'un groupe de 50 enfants.

Au cours des dernières années, les projets de construction ont compris l'hôtel Four Seasons, une réalisation de 36 millions US, à Amman, en Jordanie, et le Al Faisaliah Center (320 millions US), à Riyad, un immeuble de bureaux effilé conçu par l'architecte anglais Sir Norman Foster comprenant un hôtel de luxe et un centre commercial commandé par la Fondation du roi Fayçal.

«Ils ont une réputation si solide, et les Saoudiens de même que les étrangers ont une telle confiance en eux que les grandes entreprises savent qu'ils n'ont pas de liens avec le terrorisme», assure Medlej Al-Medlej, directeur du Conseil des entreprises américano-saoudiennes.

Lorsqu'il sert de guide à des délégations américaines en Arabie Saoudite, Al-Medlej les conduit au siège social du groupe, «un magnifique immeuble de bureaux moderne, en granite, parce que c'est une magnifique vitrine de l'Arabie Saoudite et parce que nous voulons leur montrer que ce sont là les vrais ben Laden».

En plus de Baud, Saudi Binladin comprend des compagnies telles Al Salem Group, qui fabrique des balustrades de métal, ainsi que Marble & Granite International Co., qui fournit du marbre. Sous la gouverne de Yeslam ben Laden, Saudi Investment Co. s'occupe des investissements internationaux de la famille, et cette société a pris de plus en plus d'importance à mesure que les grands projets de rénovation de mosquées prenaient fin, soulignent des analystes.

Des produits alimentaires tels l'huile Mazola, la mayonnaise Hellmann's et les boissons Gatorade sont tous distribués par Saudi Binladin en Arabie Saoudite, selon des pages Web du groupe, qui sont disparues après les attaques terroristes sur New York et Washington.

General ElectricLes rejetons de Saudi Binladin au Royaume-Uni comprennent l'entrepreneur de transport Forship Ltd., Hazar Publishing Ltd. et la maison de courtage Russell Wood, selon ICC Financial Analysis Reports, un service qui recueille des renseignements en vertu de la Loi anglaise sur les compagnies.

En plus de filiales à participation unique ou majoritaire, le groupe a créé des coentreprises avec des compagnies telles General Electric (GE), avec laquelle il a obtenu des contrats dans le domaine de production électrique dans les années 1990.

L'an dernier, GE a consenti à fournir à Saudi Binladin des turbines à gaz d'une valeur de 98 millions US pour les projets d'amélioration et d'agrandissement de centrales électriques, selon World Projects Inc., une éditeur dans le domaine de la construction.

«Nous réexaminons nos relations d'affaires régulièrement et nous le ferons également dans ce cas», a indiqué Gary Sheffer, porte-parole de GE. À part les coentreprises avec Saudi Binladin mises sur pied depuis 10 ans pour des projets de production électrique, GE possède une participation minoritaire avec le groupe de Djeddah dans une usine qui fabrique de l'équipement électrique, a précisé le porte-parole.

Les membres de la famille ben Laden se soucient davantage du fait que leur réputation est entachée que de perdre des affaires, soutient le porte-parole, Tim Metz. «Ils croient fermement que le seul fondement de leur actif est leur réputation et c'est ce qu'ils sont prêts à défendre par-dessus tout», dit-il.

Hors de l'Arabie Saoudite, les ben Laden exploitent un réseau de filiales sous la houlette de Saudi Investment dans des paradis fiscaux tels les Antilles néerlandaises, les Bahamas et les îles Caïmans, selon le rapport Montebourg.

La maison de courtage Russell Wood et l'éditeur Hazar ont tous deux subi des pertes et vu leurs recettes décroître ces dernières années, selon les ICC Financial Analysis Reports. La maison Russell Wood exécute des transactions principalement pour la famille ben Laden, précise le président Pilley.

http://www.cyberpresse.ca/reseau/economie/0111/eco_101110031923.htm
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