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Chapelle Darblay tourne de plus en plus mal

Papeterie Une douzaine de procédures en cours entre le propriétaire Otor et l'actionnaire Carlyle

Ernst & Young vs Carlyle. Un duel est engagé entre deux géants du capita­lisme américain. L'enjeu? Quelques machines dans une usine de papier que les Français connaissent sous le nom de Chapelle Darblay. En 1990, François Pinault revendait cette fabrique à bon prix au groupe finlandais UPM-Kymmene, empochant au passage 550 millions de francs : le premier (très) gros coup de sa carrière.

Carlyle à la rescousse. Quatorze ans plus tard, Chapelle Darblay revient sur le devant de la scène. Entre-temps, en 1997, Jean-Yves Bacques, le fondateur de la société Otor, a acheté l'usine située à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) pour la reconvertir dans le papier d'emballage. Mais les travaux sont plus coûteux que prévu. Dès 1999, Otor est au bord du dépôt de bilan. Son principal banquier, le Crédit lyonnais, lui recommande alors chaudement de faire venir le financier américain Carlyle au tour de table. « En réalité, on n'a pas eu le choix », résume Michèle Bouvier, directrice générale. Un accord est passé, mi-2000, avec le fonds d'investissement, qui apporte 45 millions d'euros contre 21% des parts du holding.

Mais Chapelle Darblay continue à perdre de l'argent. Selon Carlyle, deux des trois machines ne seront jamais rentables et doivent être vendues. Jean-Yves Bacques refuse. Excédé par cette obstination, Carlyle lui demande de changer le statut juridique de la société et de prendre la tête d'un conseil de surveillance, en laissant à la présidence du directoire un patron plus docile. Nouveau refus. Carlyle voit rouge et fait valoir, en septembre 2001, une clause du deal qui lui permet de prendre le contrôle de la société au cas où celle-ci n'atteindrait pas un certain niveau de rentabilité. Les dirigeants d'Otor dénoncent l'accord et l'affaire atterrit devant les tribunaux.

Presque trois ans plus tard, une douzaine de procédures sont en cours, et le litige n'est pas résolu. La dernière offensive en date vise les dirigeants d'Otor. Un scénario en apparence « abracadabrantesque » . Selon les révélations de l'un des deux commissaires aux comptes d'Otor, Durand & Associés, Jean-Yves Bacques et Michèle Bouvier auraient notamment payé, avec l'argent de la société, une officine d'intelligence économique, Eurodécisions, pour qu'elle développe un site Internet destiné à déstabiliser Carlyle, supposé proche de la CIA!

Ernst & Young, l'autre commissaire aux comptes, aurait fermé les yeux sur ces irrégularités, tout en effectuant illégalement des missions pour l'entreprise. Du côté de Carlyle, on prétend détenir une partie des preuves de ces malversations. A l'inverse, l'avocat d'Ernst & Young, maître Jean Thieffry, dénonce une affaire montée de toutes pièces : « Fausses factures, abus de biens sociaux : c'est scandaleux de prétendre des choses qui ne sont pas établies. La vérité, c'est que le commissaire aux comptes qui a révélé l'affaire a fait l'objet de pressions inadmissibles de la part de Carlyle. » Prochain épisode du western juridico-financier : l'assemblée générale d'Otor, le 9 juin.

Source : Challenges, Bertrand Fraysse, mai 2004, N° 225

 

 

 

 

 

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