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Français et américains se disputent la commande d'un satellite en Corée du Sud

(Source : www.lemonde.fr)

La bagarre entre Alcatel, Astrium (filiale d'EADS) et Lockheed Martin pour décrocher la commande de la Corée du Sud pour Koreasat 5, un satellite civil et militaire, touche bientôt à sa fin. La décision devrait intervenir d'ici à Noël, peut-être même avant l'élection présidentielle du 19 décembre. Le président coréen Kim Dae-jung, en fin de mandat et non rééligible, aura peut-être envie, en effet, de boucler le dossier avant son départ.

Après Serge Tchuruk, président d'Alcatel, qui a fait le voyage en Corée la semaine dernière pour défendre personnellement la valeur de son groupe, ce fut au tour de François Loos, ministre délégué au commerce extérieur, de venir plaider la cause des compétiteurs français. Il a ainsi choisi de boucler sa minitournée en Asie (du 9 au 14 novembre) par Séoul, afin d'y rencontrer le ministre coréen de l'information et des communications. Si le courant n'est visiblement pas très bien passé entre les deux hommes, le projet a, en tout cas, été largement discuté et les espoirs restent entiers.

Alcatel, qui, selon des sources proches du dossier, semble être le mieux placé des deux français pour tenir tête à Lockheed, vient de remettre sa dernière proposition – un dossier de 5 000 pages – aux experts du gouvernement coréen. Le projet est estimé à 200 millions de dollars (199 millions d'euros). Ce premier appel d'offres sera suivi d'un deuxième pour le lanceur du satellite, avec là aussi 200 millions de dollars à la clé, assurances comprises. " Les deux sites de Toulouse et de Cannes et leurs employés seront davantage en difficulté si Alcatel ne sort pas vainqueur de la compétition, estime un expert. C'est un bol d'air dont il a bien besoin en ce moment."

Les enjeux du dossier ne sont pas que techniques. L'industrie de l'armement est, en Corée du Sud, l'une des chasses gardées des Etats-Unis, partenaires privilégiés de Séoul depuis la fin de la guerre, en 1953. Près de 40 000 soldats américains sont basés dans la péninsule et des experts estiment à 50 milliards de dollars par an le soutien américain dans le domaine militaire. On comprend bien que le gouvernement coréen, quel qu'il soit – d'avant ou d'après la sortie des urnes – y regardera à deux fois avant de choisir son vainqueur. Et ce d'autant plus que, au sein des actionnaires de Lockheed, on retrouve le fonds de pension Carlyle, où le père de George W. Bush a des intérêts financiers.
Alcatel n'aimerait pas que l'histoire se répète et qu'il lui arrive la même mésaventure qu'à Dassault. Au terme d'une compétition très serrée, c'est finalement l'américain Boeing qui avait été retenu par Séoul pour la livraison de nouveaux avions de chasse. Les F15 avaient été préférés aux Rafale. Le constructeur français a d'ailleurs décidé de porter l'affaire devant les tribunaux, arguant que son offre était la plus compétitive. Selon des proches du dossier, Dassault, qui avait dépêché sur place des équipes, notamment des pilotes, pour faciliter la prise en main des appareils par les Coréens, aurait perdu 50 millions de dollars dans l'affaire. Si Alcatel ne confie pas de chiffres sur le montage du projet Koreasat 5, on sent bien qu'un échec serait aussi difficile à digérer.

Marie-Béatrice Baudet
17 Novembre 2002 – LE MONDE

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