"50 ans de coups tordus"
et le Carlyle Group en fait partie !
Extraits :
"De tous les fonds d'investissement qui opère en France il en est un qui cristallise les inquiétudes et suscite tous les fantasmes : Carlyle. (
) En Europe une association, Stop Carlyle, a été créée pour dénoncer ce fonds d'investissement, onzième fournisseur d'armes du Pentagone. Son réquisitoire est sans appel : "Propriétaire de United Defense, parmi bien d'autres entreprises d'armement, Carlyle fabrique les véhicules de combat Bradley engagés en Irak et produit les munitions à l'uranium appauvri tirées durant la guerre du Golfe et le conflit en Yougoslavie. (
) Carlyle louche à présent sur la défense et l'aérospatiale européennes. (
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"Ce fonds n'attire pas seulement l'attention par sa puissance financière estimée à 16 milliards de dollars, écrit Bernard Carayon, sa proximité affichée et voulue avec des personnalités du monde politique américain (F. Carlucci, ex-directeur central du renseignement ; James Baker, ex-secrétaire d'Etat ; George Bush père et fils, etc.,) a suscité des interrogations quant à la nature réelle des liens de Carlyle avec l'administration fédérale." (
) Entendus par la mission le 17 juin 2003, les représentants de Carlyle ont manifesté leur étonnement face à une campagne de presse qu'ils jugent diffamatoire. Pour éviter à l'avenir tout soupçon ou tout nouveau procès d'intention quant aux motivations réelles du fonds dans ses choix d'investissements, ils ont indiqué que le fonds ne s'intéressera pas au secteur de la défense en France (
)"
Otor rachète, en juillet 1997, une grosse papeterie, La Chapelle Darblay, près de Rouen. (
) Or, la papeterie La Chapelle Darblay est un gouffre. (
) En 1999, les pertes enregistrées par la papeterie entraînent d'importantes difficultés de trésorerie opérationnelle chez Otor. (
) Les banques s'affolent. Elles exigent une solution urgente et menacent de couper les lignes de crédit sans préavis, quitte à ne plus assurer la paie de trois mille salariés du groupe. (
) [Le Crédit Lyonnais] impose à Otor de suivre les conseils de sa filiale, la banque d'affaires Clinvest, qui propose l'intervention d'un fonds américain d'investissement diversifié (hedge fund ) qui aura pour double mission d'assister Otor dans son plan de développement tout en lui permettant de surmonter ses difficultés de trésorerie. (
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Les actionnaires d'Otor remarquent que, non côté en Bourse, Carlyle n'est pas un fonds comme les autres, car cette absence de cotation lui confère une plus grande liberté sur les informations qu'il diffuse. Or, les adversaires de Carlyle s'interrogent sur l'identité de certains actionnaires. D'aucuns l'accusent même à tort d'être une succursale de la CIA. (
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Le 14 avril, Carlyle Luxembourg Participations 2 se fait consentir un mandat signé par les sociétés Otor SA et par une société d'"interposition" (Finoxil qui prend ultérieurement la dénomination d'Otor Finance) rachetée par le groupe afin de réaliser l'opération. Carlyle Luxembourg Participations 2 fixe sa rémunération pour cette mission - qualifiée de "commission d'arrangeur" - à 3 480 900 euros payables, par Finoxil le jour de la signature des contrats définitifs. Le conseil d'administration de Finoxil qui approuve le mandat par un vote le 14 avril n'est composé que des représentants du groupe Carlyle, MM. Millet et Falezan et la société Carlyle Luxembourg Participations 2, émettrice de la facture d'honoraires.
Le 12 mai, l'assemblée générale extraordinaire d'Otor entérine l'accord de partenariat sous la forme d'un pacte d'actionnaires. (
) Une fois déposés 45 millions d'euros sur le compte courant d'actionnaires, Carlyle utilise sa créance Finoxil pour souscrire à une augmentation de son capital par une émission d'actions et d'obligations convertibles en action - OCA - au profit de Carlyle et réalisée en deux tranches. Une clause du pacte d'actionnaires stipule en effet que Carlyle peut procéder à la conversion anticipée des OCA si "le niveau de résultat d'exploitation d'Otor prévu ou réalisé (est) inférieur à un montant défini dans le présent pacte".
Ce même 12 mai, (
) Finoxil donne instruction à la Caisse d'épargne de débiter son compte de 3 480 900 euros en faveur de Carlyle Luxembourg Participations 2. Quelques mois plus-tard, les actionnaires-fondateurs d'Otor déposent plainte contre Carlyle. Ils affirment que le paiement de cette somme a été imposé à leur groupe et parlent de spoilation "considérable". (
) Arguant que les résultats d'Otor sont en dessous du seuil minimum défini, les représentants de Carlyle France annoncent leur intention de convertir la totalité de leurs obligations en actions. Ainsi Carlyle deviendrait l'actionnaire principal du groupe Otor (82% des parts). Les fondateurs refusent de s'exécuter. Ils récusent les chiffres. (
) C'est le début de la crise juridique. Le 17 décembre, les sociétés Otor Finance et Otor SA assignent Carlyle devant le tribunal de grande instance de Paris et demandent l'annulation du pacte et de l'ensemble des opérations qui en ont découlé. Une autre action en justice vise le montage financier à la base de l'augmentation du capital d'Otor. Pour Carlyle, l'opération est conforme aux accords passés. (
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On reparle de Carlyle lors du naufrage de Vivendi. Le fonds de placement est intéressé par le rachat d'un des joyaux du groupe : Vivendi Universal Publishing (VUP), qui regroupe l'ensemble du secteur édition. (
) Tollé dans les milieux français de l'édition. Le président de la République et le Premier ministre s'inquiètent de voir des fonds d'investissement reprendre des maisons d'édition françaises. (
) En avril 2002, le fonds d'investissement a décroché un lot de consolation de taille : le groupe reprend, avec deux autres fonds (Cinven et Apax), Aprovia, qui comprend le pôle presse de VUP. (
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A l'époque, plusieurs services travaillent discrétement et officieusement sur Carlyle. En effet, en dépit des assurances fournies par les responsables du fonds d'investissement au député Carayon, Carlyle s'intéresse au secteur de la défense en France. Difficile de faire autrement quand on veut être un des grands acteurs économiques de l'Europe ainsi que le prouve l'affaire Fiat Avio.
La Snecma, société publique française, avait l'occasion de constituer un pôle européen de l'espace en rachetant Fiat Avio, la division aéronautique de Fiat. (
) Les négociations échouent. Snecma se retire au profit de Carlyle qui en reprenant 70% de Fiat Avio (contre 30 % pour Finmeccanica), s'offre un siège au conseil d'administration d'Arianespace, dont Avio est un fournisseur !
Les inquiétudes des services français sont résumées dans une note rédigée par un analyste financier : "Le dossier Fiat Avio est sensible pour l'Europe : il s'agit, en effet, d'un sous-traitant d'Arianespace, comme l'est d'ailleurs la société autrichienne Andritz AG, déjà dans le portefeuille de Carlyle. Les liens entre Carlyle et Boeing Co - concurrent principal du groupe de défense EADS, dont un nombre remarquable de sous-traitants est déjà contrôlé par Carlyle - sont à cet égard particulièrement significatifs : le Boeing Pension Fund est un investisseur important de Carlyle - l'ancien PDG de Boeing, Franck Schrontz, est conseiller de Carlyle - et Carlyle est l'un des principaux sous-traitant de Boeing, si bien qu'en fin de compte ce qui est bon pour Boeing l'est aussi pour Carlyle. (
) Ainsi, l'intérêt aujourd'hui marqué par Carlyle pour Fiat Avio doit aussi être considéré sous l'angle de la souveraineté européenne et de la nécessité de protéger certains actifs dans le domaine des industries les plus sensibles." Questionné sur ce point, Carlyle France nie avoir le moindre lien avec Boeing.
Avant même que Carlyle ne s'empare de Fiat Avio, François Auque, vice-président d'EADS (
) parle de conflits d'intérêts (
) "Il ne faut pas se voiler la face, nous sommes dans un contexte de guerre économique avec les Etats-Unis, renchérit le directeur général d'Arianespace Jean-Yves Le Gall. Dans cette perspective, l'arrivée de Carlyle dans le capital d'Arianespace peut devenir une question légitime pour un homme politique européen."
Dans le même temps, la ministre française Michèle Alliot-Marie, demande une "étude" sur les "risques" que font courir les investissements américains dans des entreprises liées à la défense européenne. (
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En France, alors qu'éclate l'affaire Otor, qui débute par un simple conflit entre actionnaires, tous les fantasmes, toutes les craintes se réveillent. Paré des tentacules de la pieuvre, Carlyle intéresse les services secrets français. (
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Source : France - Etats-Unis : 50 ans de coups tordus, Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent, Albin Michel, pages 300-318.
Fabrizio Clavi et Frédéric Laurent, journalistes, spécialistes en particulier des services secrets et réseaux parallèles, travaillent notamment pour des documentaires de télévision. Ils ont beaucoup publié, séparément. Pour Fabrizio Calvi, chez Albin Michel notamment, L'oeil de Washington et Série noire au Crédit Lyonnais. Frédéric Laurent est l'auteur de L'Orchestre noir et récemment, de Le Prince sur son rocher , Fayard 2003.
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