Carlyle
: Un fonds très spécial

Marie Bordet et Etienne Gernelle
ont mené une enquête sur le Carlyle Group qui s'intitule
: "Carlyle. Un fonds très spécial"
(Le Point, n°1600, 16 mai 2003).
Le
dossier du Point dresse un portrait général du fonds
américain et revient sur les connections étroites
entre Carlyle et l'administration américaine. Carlyle serait
en quelque sorte une "revolving doors". Quelques
morceaux choisis...
"A
chaque changements d'administration, des "huiles" de l'exécutif
entrent, d'autres sortent. Carlyle, caricature du système,
devient le havre douillet de la classe politique en exil du pouvoir."
"Alors,
Carlyle, "faux nez" du gouvernement américain
? A quoi servent réellement les stars politiques de Carlyle
? Le discours de Chris Ullman, porte-parole du
groupe, devient flou : "Ces personalités ont une stature
et une crédibilité qui sont utiles à notre
organisation (...)" Puis, Chris Ullman se trahit un peu : "Chez
Carlyle, il y a aussi des personnes qui travaillent.""
"Selon
Carlyle, défense et aéronautique ne représenteraient
que 15 % de ses investissements (beaucoup doutent de ce chiffre
officiel). "Carlyle a démarré dans la défense
à une époque où le secteur se concentrait aux
Etats-Unis", se justifie Jean-Pierre Millet,
managing director Europe. "Depuis, notre champ d'action s'est
considérablement élargi." Mais Carlyle investit
toujours dans des "industries de souveraineté".
En clair, sur des marchés où l'Etat intervient de
façon décisive : l'énergie; les télécoms,
les technologies de l'information, l'aéronautique."
"D'autant
que le groupe américain faisait tout pour évoluer
dans l'ombre. Sans faire de bruit. Mais tout a changé le
11 septembre 2001. (...) Pour se protéger le groupe déniche
Chris Ullman, un professionnel de la communication. Enfin, en novembre
dernier, désireux de se débarasser d'une image trop
politique, il propulse à la tête de Carlyle le charismatique
Lou Gerstner, ancien PDG d'IBM, en lieu et place
de Franck Carlucci, qui devient président
d'honneur. "Ils ne vont se servir de Lou Gerstner qu'à
usage "cosmétique", assure un enquêteur privé
qui s'intéresse à Carlyle. "Il n'a pas de vraies
fonctions. Il consacre 20 % de son temps à Carlyle et, le
reste du temps, prend des cours d'histoire chinoise. Chez Carlyle,
il ne faut jamais se focaliser sur les titres officiels.""

"C'est par exemple Carlyle qui a développé, dès
le début des années 90, le concept des "sociétés
militaires privées". Joël Rey,
expert en renseignement économique.
"Curieusement,
le cas Carlyle ne fait pas de vagues au sein de la classe politique
américaine, pourtant prompte à exploiter des scandales
pouvant affecter un président. Au Congrès, il ne s'est
trouvé personne pour s'emparer du sujet. Pas même Henry
Waxman, représentant démocrate de Californie,
qui a donné de la voix sur toutes les télévisions
pour dénoncer un conflit d'intérêt mettant en
cause le vice-président Dick Cheney et son
ancien employeur Halliburton. "Ils veulent
tous travailler chez Carlyle", ironise Seth Morris,
membre de Project on Government Oversight"
"On
ne sait jamais réellement pour qui Carlyle achète
et à qui les technologies vont servir", explique Pascal
Dallecoste (...) "D'ailleurs, le fonds investit toujours
dans des technologies duales, c'est à dire pouvant avoir
une finalité civile et...militaire."
"Carlyle
est intimement lié à Boeing, dont
la division espace est le principal concurrent d'Arianespace...
"En fin de compte, ce qui est bon pour Boeing l'est aussi pour
Carlyle", écrit Sorbas von Coester,
conseil en stratégie, dans un article publié en mars
2003. Chez Arianespace, on redoute de voir un fonds américain
"siéger au conseil d'administration". Carlyle
serait-il l'outil d'une stratégie d'encerclement ?"
Cette
dernière phrase résume à elle seule la raison
d'être de notre site. Selon nous, Carlyle menace les entreprises
européennes (emplois, indépendance économique...)
en tant que relais de l'administration américaine.
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