Irak : La Bush Oil Connection
Le contrôle des sources d'énergie dans le monde est sans doute la constante la plus régulière de la politique américaine depuis le début du XXe siècle. " Guerre contre le mal ", nous répètent à satiété les grands médias américains, porteurs de la propagande de la Maison-Blanche. Ce serait donc un devoir hautement moral pour la communauté internationale de se rallier à la guerre préventive à laquelle appelle M. Bush. " Arrêtons de raconter des idioties au monde. Oui il s'agit bien de pétrole, autrement le comportement de l'équipe Bush serait inexplicable. Et cela n'est ni illégitime ni illégal ", écrivait récemment l'éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman, lauréat du prix Pulitzer. Le plan de guerre contre l'Irak, vient de révéler le Washington Post, a été lancé par W. Bush le 17 septembre 2001, seulement six jours après les attentats de New York et de Washington. Comme si l'on avait attendu l'occasion propice pour mettre en route une gigantesque machinerie qui n'a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme.
Le contrôle des sources d'énergie dans le monde est sans doute la constante la plus régulière de la politique américaine depuis le début du XXe siècle. Les attentats du 11 septembre 2001 ont permis au pouvoir américain de franchir une étape décisive dans la mise en ouvre de cette stratégie impérialiste permanente. Trois éléments complémentaires pouvaient ainsi se conjuguer : la conquête de nouveaux espaces de ressources pour une mondialisation capitaliste en crise par la prise de contrôle de nouvelles sources d'énergie ; un développement exponentiel du complexe militaro-industriel libéré des entraves de l'équilibre des forces avec la désagrégation du bloc soviétique ; l'arrivée au pouvoir à Washington d'une oligarchie pétrolière liée à l'industrie militaire. La particularité des intérêts représentés au gouvernement américain depuis les élections de l'an 2000 est, en effet, le fait qu'ils sont essentiellement ceux des grands groupes pétroliers.
George W. Bush s'était lancé - avec plus ou moins de succès - dans les affaires pétrolières en 1970, avec différentes sociétés d'exploration ou de distribution comme Arbusto et Spectrum 7 pour lesquels il a bénéficié de l'aide des amis de son père mais aussi de participations financières de la BCCI, de fonds d'investissement saoudiens et de prêts de l'un de frères d'Oussama Ben Laden, Salem Ben Laden. Un an avant la première guerre du Golfe il avait acquis des parts dans une société d'exploration au Koweït. Il les a vendues avec un gain respectable deux mois avant l'invasion du Koweït par les troupes irakiennes. Par son père, George W. Bush est directement lié aux grands groupes énergétiques et de l'industrie militaire américains. George Bush senior est actuellement l'un des administrateurs de Carlyle, l'un des plus importants groupes d'armement. Il était membre du conseil d'administration de Halliburton, le premier groupe mondial de fourniture de services dans le secteur des hydrocarbures. Jusqu'à l'élection présidentielle, le vice-président Dick Cheney était le PDG de Halliburton. Ce trust fournit des services et est sous contrat avec Chevron. 86 % du pétrole importé par les Etats-Unis du Proche Orient provient d'Arabie saoudite et d'Irak.
En juillet dernier, Chevron qui importe cinq fois plus de pétrole d'Irak que n'importe quelle autre société, a, par exemple, importé 5 millions de barils de pétrole irakien. Halliburton est le fournisseur attitré du Pentagone de bases militaires préfabriquées - un programme lancé par Cheney alors qu'il était ministre de la Défense de Bush père - comme celle actuellement en construction au Qatar. La conseillère nationale de Sécurité de W. Bush, Condoleezza Rice, était durant une décennie membre du conseil d'administration de Chevron. Son expertise du Kazakhstan a permis à Chevron d'investir 20 milliards de dollars dans l'exploitation des ressources pétrolières de ce pays. ChevronTexaco est aussi l'un des groupes majeurs opérant au Nigeria. Pour célébrer la nomination de Mme Rice à la Maison-Blanche, Chevron a baptisé l'un de ses super-pétroliers Condoleezza... Don Evans, secrétaire au Commerce et manager des campagnes électorales de Bush junior, est le président de Tom Brown Inc et membre du conseil d'administration de Sharp Drilling. Il fut le collecteur de fonds de la campagne présidentielle. Il est aussi en charge des ressources offshore, c'est-à-dire de la surveillance de 25 % de la production pétrolière issue des exploitations côtières américaines, notamment dans le golfe du Mexique. L'an dernier, Dick Cheney a élaboré un plan énergétique national, après la grave crise qu'a connue la Californie. Ce plan est actuellement mis en oeuvre mondialement. Partant du principe selon lequel le marché ne permet pas à lui seul de subvenir aux besoins US, la conquête des ressources devra se faire aussi, et surtout, par la force.
La " guerre contre le terrorisme " en Afghanistan a mis ce pays sous domination américaine et a permis l'installation de bases militaires dans neufs pays de la région, ceux d'Asie centrale et du Caucase, le nouvel eldorado pétrolier et gazier. Rien qu'en Ouzbékistan et au Turkestan les réserves sont estimées à une valeur de 5.000 milliards de dollars. L'exportation de la " guerre contre le terrorisme " concerne aussi l'Amérique latine. Le gouvernement américain a ainsi promis 98 millions de dollars au gouvernement colombien pour " lutter contre les narcotrafiquants ", en réalité pour protéger des " groupes rebelles " l'oléoduc d'Occidental Petroleum. Des fonds ont été accordés aux auteurs du coup d'Etat manqué contre le président Chavez du Venezuela, le troisième fournisseur de pétrole aux Etats-Unis. (lire également ci-contre). En Afrique, la tournée, l'an dernier de Colin Powell, le secrétaire d'Etat, s'est essentiellement traduite par l'accroissement considérable de l'aide militaire au Nigeria, le géant pétrolier africain. Les liens avec l'Angola, autre producteur majeur, ont été renforcés.
La " Bush connexion ", - avec ses réseaux au Sénat et à la Chambre des représentants - profitera directement d'une prise de contrôle du pétrole irakien. Plus généralement, cette oligarchie a fait de la conquête des sources d'énergie mondiales l'instrument de la recherche d'une sortie de la crise économique et financière. L'industrie pétrolière est en effet la plus puissante au monde : elle alimente l'industrie, l'agriculture et les transports. Ses flux de capitaux façonnent le système financier mondial. La fuite en avant dans la guerre est liée à l'autre pan de la stratégie US : la recherche - au détriment de l'économie réelle - de financements pour les marchés financiers américains, dont la suppression des impôts sur les dividendes annoncée il y a une dizaine de jours par Bush est la mesure la plus marquante.
Michel Muller 16 Janvier 2003 L’HUMANITE

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