Avec
l'arrivée de Carlyle, Terreal craint la tuile
Article
de La
Charente Libre
Depuis
ce matin, les 550 salariés de Terreal à
Roumazières ont de nouveaux patrons: les groupes financiers
Carlyle et Eurazeo. Le risque
? Un remake de «Prends l'oseille et tire-toi»
L'ancien boss de la CIA, Franck Carlucci, deux
présidents des Etats-Unis, dont l'actuel, les Bush
père et fils, la fille d'une ex-secrétaire d'Etat
US aux affaires étrangères, Alice Albright,
Fidel Ramos, l'ancien président des Philippines
ou encore l'ex-Premier ministre britannique John Major.
Tous ces puissants de la planète seraient sans doute bien
en peine de situer Roumazières sur la mappemonde.
Depuis vendredi pourtant, ils ont des intérêts dans
la petite commune charentaise. Ils font en effet partie, de près
ou de loin, de la galaxie Carlyle. Le groupe financier sulfureux
et décrié - il existe même un site internet «Stop
the Carlyle Group» - vient de prendre le contrôle
de Terreal, dont l'ex-usine TBF constitue le fleuron.
60% des parts pour Carlyle, 40% pour Eurazeo, une société
d'investissement française, et 100% d'inquiétude pour
les 550 tuiliers charentais.
«Ce qui nous rassure, c'est qu'on garde la même direction.
Au moins dans l'immédiat. Mais c'est vrai que l'on ne sait
pas trop où on va», avouent Bernard Gire
et Jean-Philippe Beiller, respectivement secrétaire
et trésorier du comité d'entreprise, depuis le confortable
local syndical. Dans sa mairie, Yvette Heubert,
est, elle aussi, dubitative: «On ne sait pas trop quoi en
penser», s'interroge la mairesse du premier centre de production
de tuiles au monde. Après six années sous la coupe
du groupe industriel Saint-Gobain, la bientôt
séculaire (en 2006) entreprise familiale est dorénavant
sous contrôle d'un groupe financier gérant 16 milliards
de dollars en participations diverses dans le monde, en particulier
dans les domaines stratégiques de l'aéronautique et
de la défense. Une valse des capitaux déroutante,
qui, à la fin des années 80, a coûté
cher au concurrent de l'autre côté de la route d'Angoulême.
Au gré des changements de noms et des capitaux, l'ex-CMPR,
GFC, Coverland, Redland et aujourd'hui Lafarge Couverture
a maigri de 540 à 250 salariés.
La rentabilité immédiate
«Le risque, c'est que Carlyle presse le citron et qu'il s'en
aille dans trois ans» , résument les représentants
du personnel de TBF. Alors que la direction de Terreal a refusé
de répondre à nos questions, les informations dont
disposent pour l'instant les salariés ne sont pas vraiment
rassurantes : « On nous a dit que Carlyle souhaitait une croissance
externe. Ce qui signifie investir les bénéfices que
nous faisons ici à l'étranger, en Espagne ou en Malaisie»
, rapportent-ils. Une fois les actionnaires généreusement
servis, il risque de ne plus rester grand-chose pour Roumazières.
Cette sorte de version capitaliste de «prend l'oseille et
tire-toi», est également subodorée par l'ancien
patron Jean-Luc Maury-Laribière : «Comment
va se comporter Carlyle ? Difficile à dire. Mais ce que recherche
généralement ce genre de groupe, c'est la rentabilité
immédiate.» Malgré sa révocation par
Saint-Gobain en 1998, il a toujours la tête dans la tuile.
Avec son frère, il a monté une société
de négoce qui se fournit chez la concurrence espagnole. Et,
dans son bureau de directeur de la société angoumoisine
de séjours linguistiques SILC, l'ancien catalogue des produits
TBF trône encore en bonne place. Ces derniers mois, il a même
rêvé de revenir aux affaires: «J'ai abandonné
quand j'ai compris que tout investisseur qui se présenterait
avec moi était grillé , regrette-t-il. Mais j'ai effectivement
eu des contacts avec plusieurs candidats à la reprise».
Investissement et prospection en panne
Issu de la fusion entre TBF à Roumazières, Lambert
dans le Nord et Guiraud dans le sud-Est, Terreal a suscité
les convoitises de nombreux financiers en quête de placement.
Dopée par la tempête, la tuile est une affaire juteuse
et le site de Roumazières une usine à bénéfices
: «Mais je ne suis pas sûr que cela dure», prédit
Jean-Luc Maury-Laribière. Ce qu'il reste de sa vieille garde
lui décrit des salariés démotivés. Lui,
l'ancien forcené de l'innovation, s'inquiète surtout
de l'absence d'investissements de la part de Saint-Gobain, alors
qu'en face, Lafarge vient de mettre 3 millions d'euros pour lancer
une nouvelle tuile plate. «Depuis la nouvelle unité
UD 6.2, lancée par l'ancienne direction, il n'y a rien eu»
, confirment les représentants FO du personnel,
pourtant loin de regretter la gestion paternaliste des Maury et
les dociles syndicats-maison : «Avec Saint-Gobain, on a obtenu
l'intéressement, le 13e mois et le retour à un taux
légal pour la participation», tiennent-ils à
faire remarquer. Par rapport à leurs collègues de
la plupart des industries, les tuiliers jouent sur du velours. Leur
force, c'est l'argile du pays de Roumazières, qui les protège
d'une délocalisation sauvage. Certes, les commerciaux viennent
d'être rattachés à Paris, ce qui a sérieusement
obéré les finances du comité d'entreprise.
Certes, les administratifs ne sont pas à l'abri d'un regroupement
au siège. Certes, les cinquante emplois créés
lors du passage aux 35 h se sont évaporés dans les
départs volontaires et les pré-retraites. Mais, tant
qu'il y aura de l'argile, il y aura des tuiliers. Le problème,
c'est que la ressource ne serait pas aussi inépuisable que
le prétend la légende. Et la prospection aurait été
mise en veilleuse. «On n'a pas beaucoup cherché ces
dernières années. Dans dix ans, cela peut devenir
un problème», reconnaissent Bernard Gire et Jean-Philippe
Beiller. Un manque de prospective dénoncé par Jean-Luc
Maury-Laribière: «Une tuilerie, c'est comme un paquebot.
Si on part sur un mauvais cap, il faut des années pour redresser
la barre» , prévient-il.
Armel
LE NY
La
Charente Libre
25 avril 2004 : Quels sont les motifs réels de ces poursuites contre les délégués syndicaux ?
Nous avons reçu un email des délégués syndicaux de Terreal qui ont été assignés devant le tribunal correctionnel d'Angoulême pour "injure publique". Motif officiel : la présence d'un dessin caricatural sur le site du syndicat CGT. Les délégués syndicaux de Terreal ont été contraint de changer de dessin sur leur site. Ils en ont du coup profité pour le refondre complétement.
Nous nous interrogeons cependant sur les motifs réels d'une telle attaque... La caricature est présente depuis des mois sur le site de la CGT et cela ne posait pas de problème. Les syndicats ont été dès le départ très réactifs sur la prise de contrôle de Terreal par Carlyle. Comble de défi, ils ont même un lien vers le site Stop Carlyle sur leur page d'accueil. Alors cherche-t-on à faire payer leur humour ou leur prise de position anti-Carlyle ?
Source : La Charente Libre, "Deux délégués syndicaux au tribunal pour un dessin", Armel Le Ny, 23 avril 2004
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