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(oct 2002-juin 2003)

 

Avec l'arrivée de Carlyle, Terreal craint la tuile
Terreal : terre cuite.

Article de La Charente Libre

Depuis ce matin, les 550 salariés de Terreal à Roumazières ont de nouveaux patrons: les groupes financiers Carlyle et Eurazeo. Le risque ? Un remake de «Prends l'oseille et tire-toi»

L'ancien boss de la CIA, Franck Carlucci, deux présidents des Etats-Unis, dont l'actuel, les Bush père et fils, la fille d'une ex-secrétaire d'Etat US aux affaires étrangères, Alice Albright, Fidel Ramos, l'ancien président des Philippines ou encore l'ex-Premier ministre britannique John Major. Tous ces puissants de la planète seraient sans doute bien en peine de situer Roumazières sur la mappemonde. Depuis vendredi pourtant, ils ont des intérêts dans la petite commune charentaise. Ils font en effet partie, de près ou de loin, de la galaxie Carlyle. Le groupe financier sulfureux et décrié - il existe même un site internet «Stop the Carlyle Group» - vient de prendre le contrôle de Terreal, dont l'ex-usine TBF constitue le fleuron. 60% des parts pour Carlyle, 40% pour Eurazeo, une société d'investissement française, et 100% d'inquiétude pour les 550 tuiliers charentais.
«Ce qui nous rassure, c'est qu'on garde la même direction. Au moins dans l'immédiat. Mais c'est vrai que l'on ne sait pas trop où on va», avouent Bernard Gire et Jean-Philippe Beiller, respectivement secrétaire et trésorier du comité d'entreprise, depuis le confortable local syndical. Dans sa mairie, Yvette Heubert, est, elle aussi, dubitative: «On ne sait pas trop quoi en penser», s'interroge la mairesse du premier centre de production de tuiles au monde. Après six années sous la coupe du groupe industriel Saint-Gobain, la bientôt séculaire (en 2006) entreprise familiale est dorénavant sous contrôle d'un groupe financier gérant 16 milliards de dollars en participations diverses dans le monde, en particulier dans les domaines stratégiques de l'aéronautique et de la défense. Une valse des capitaux déroutante, qui, à la fin des années 80, a coûté cher au concurrent de l'autre côté de la route d'Angoulême. Au gré des changements de noms et des capitaux, l'ex-CMPR, GFC, Coverland, Redland et aujourd'hui Lafarge Couverture a maigri de 540 à 250 salariés.

La rentabilité immédiate
«Le risque, c'est que Carlyle presse le citron et qu'il s'en aille dans trois ans» , résument les représentants du personnel de TBF. Alors que la direction de Terreal a refusé de répondre à nos questions, les informations dont disposent pour l'instant les salariés ne sont pas vraiment rassurantes : « On nous a dit que Carlyle souhaitait une croissance externe. Ce qui signifie investir les bénéfices que nous faisons ici à l'étranger, en Espagne ou en Malaisie» , rapportent-ils. Une fois les actionnaires généreusement servis, il risque de ne plus rester grand-chose pour Roumazières. Cette sorte de version capitaliste de «prend l'oseille et tire-toi», est également subodorée par l'ancien patron Jean-Luc Maury-Laribière : «Comment va se comporter Carlyle ? Difficile à dire. Mais ce que recherche généralement ce genre de groupe, c'est la rentabilité immédiate.» Malgré sa révocation par Saint-Gobain en 1998, il a toujours la tête dans la tuile. Avec son frère, il a monté une société de négoce qui se fournit chez la concurrence espagnole. Et, dans son bureau de directeur de la société angoumoisine de séjours linguistiques SILC, l'ancien catalogue des produits TBF trône encore en bonne place. Ces derniers mois, il a même rêvé de revenir aux affaires: «J'ai abandonné quand j'ai compris que tout investisseur qui se présenterait avec moi était grillé , regrette-t-il. Mais j'ai effectivement eu des contacts avec plusieurs candidats à la reprise».

Investissement et prospection en panne
Issu de la fusion entre TBF à Roumazières, Lambert dans le Nord et Guiraud dans le sud-Est, Terreal a suscité les convoitises de nombreux financiers en quête de placement. Dopée par la tempête, la tuile est une affaire juteuse et le site de Roumazières une usine à bénéfices : «Mais je ne suis pas sûr que cela dure», prédit Jean-Luc Maury-Laribière. Ce qu'il reste de sa vieille garde lui décrit des salariés démotivés. Lui, l'ancien forcené de l'innovation, s'inquiète surtout de l'absence d'investissements de la part de Saint-Gobain, alors qu'en face, Lafarge vient de mettre 3 millions d'euros pour lancer une nouvelle tuile plate. «Depuis la nouvelle unité UD 6.2, lancée par l'ancienne direction, il n'y a rien eu» , confirment les représentants FO du personnel, pourtant loin de regretter la gestion paternaliste des Maury et les dociles syndicats-maison : «Avec Saint-Gobain, on a obtenu l'intéressement, le 13e mois et le retour à un taux légal pour la participation», tiennent-ils à faire remarquer. Par rapport à leurs collègues de la plupart des industries, les tuiliers jouent sur du velours. Leur force, c'est l'argile du pays de Roumazières, qui les protège d'une délocalisation sauvage. Certes, les commerciaux viennent d'être rattachés à Paris, ce qui a sérieusement obéré les finances du comité d'entreprise. Certes, les administratifs ne sont pas à l'abri d'un regroupement au siège. Certes, les cinquante emplois créés lors du passage aux 35 h se sont évaporés dans les départs volontaires et les pré-retraites. Mais, tant qu'il y aura de l'argile, il y aura des tuiliers. Le problème, c'est que la ressource ne serait pas aussi inépuisable que le prétend la légende. Et la prospection aurait été mise en veilleuse. «On n'a pas beaucoup cherché ces dernières années. Dans dix ans, cela peut devenir un problème», reconnaissent Bernard Gire et Jean-Philippe Beiller. Un manque de prospective dénoncé par Jean-Luc Maury-Laribière: «Une tuilerie, c'est comme un paquebot. Si on part sur un mauvais cap, il faut des années pour redresser la barre» , prévient-il.

Armel LE NY
La Charente Libre

25 avril 2004 : Quels sont les motifs réels de ces poursuites contre les délégués syndicaux ?

Nous avons reçu un email des délégués syndicaux de Terreal qui ont été assignés devant le tribunal correctionnel d'Angoulême pour "injure publique". Motif officiel : la présence d'un dessin caricatural sur le site du syndicat CGT. Les délégués syndicaux de Terreal ont été contraint de changer de dessin sur leur site. Ils en ont du coup profité pour le refondre complétement.
Nous nous interrogeons cependant sur les motifs réels d'une telle attaque... La caricature est présente depuis des mois sur le site de la CGT et cela ne posait pas de problème. Les syndicats ont été dès le départ très réactifs sur la prise de contrôle de Terreal par Carlyle. Comble de défi, ils ont même un lien vers le site Stop Carlyle sur leur page d'accueil. Alors cherche-t-on à faire payer leur humour ou leur prise de position anti-Carlyle ?
Source : La Charente Libre, "Deux délégués syndicaux au tribunal pour un dessin", Armel Le Ny, 23 avril 2004

 

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